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Historique des gisements d'émeraudes

Depuis l'antiquité, les émeraudes source de symbole, de pouvoir et de légende ont joué un rôle important dans l'histoire des civilisations.

Malgré les nombreuses études fondées sur les archives historiques et sur les expertises gemmologiques, l'origine de la plupart des émeraudes anciennes demeure incertaine voire énigmatique. C'est le cas notamment des émeraudes, dites de "vieilles mines", contenues dans les trésors des grands royaumes d'Asie et aujourd'hui dans les musées d'Istanbul ou de Téhéran, qui furent taillées aux Indes à l'époque de la dynastie des Moghols et commercialisées, dès le XVIIème siècle, par les négociants indiens.

Ces émeraudes, de qualités exceptionnelles, sont supposées provenir d'anciennes mines d'Asie du Sud-est, alors que tous les gisements asiatiques n'auraient été officiellement découverts qu'au XXème siècle : proviennent-t-elles de Colombie, de mines d'Asie (Afghanistan, Pakistan, Inde et autres mines légendaires) ou alors d'Egypte et d'Autriche?

Une nouvelle méthode développée par Giuliani et al. en 1998 et appliquée en 2000 est basée sur l'analyse des isotopes stables de l'oxygène par spectrométrie de masse. Elle a permis de relier la plupart des émeraudes historiques à leur gisement d'origine (Fig. 1). Cette méthode permet d'identifier l'origine des émeraudes anciennes mais aussi la plupart des émeraudes de qualité supérieure rencontrées sur le marché international. L'analyse permet de mesurer directement sur la surface polie d'une pierre taillée sa composition isotopique mais surtout n'affecte la gemme que d'un minuscule cratère imperceptible même à la loupe. (lire l'article Giuliani et al., 2000).
 
 
L'exploitation des gisements d'émeraude peut être subdivisée en trois périodes historiques :

1. de l'Antiquité à la localisation des gisements de Colombie par les Espagnols au XVIème siècle.

Jusqu'à la Renaissance, l'émeraude était très rare et ses gisements peu nombreux. L'émeraude fut exploitée en Egypte par les Pharaons à l'époque de la dynastie des Ptolémées entre 305 et 30 avant J.-C. L'Egypte pharaonique et les romains adorateurs d'émeraude ont probablement initié le commerce des émeraudes connues sous le nom abusif de "mines de Cléopâtre". Ensuite, elle fut exploitée en Autriche par les Celtes et les Romains sur le site d'Habachtal.A partir des bases historiques, les mines d'Egypte et d'Autriche constituaient donc dans l'Ancien monde, les seules sources d'émeraude jusqu'en 1545, date à laquelle les Conquistadors exploitèrent les mines de Chivor en Colombie, puis Muzo (Tequendama) en 1594 et Coscuez en 1646.

 

Ainsi l'émeraude de Saint Louis (Fig. 2), qui a orné la Sainte couronne de France au XIIIème siècle a été identifiée comme provenant des mines d'Autriche et les deux émeraudes anciennes décrites par Haüy en 1806 sont compatibles avec une origine autrichienne et égyptienne (Fig. 3).
 

 
 

Mais l'émeraude qui orne une boucle d'oreille gallo-romaine (Fig. 4) met en évidence une autre origine que l'Egypte ou l'Autriche. Cette émeraude a des caractéristiques qui la relie aux mines de la vallée de Swat-Mingora au Pakistan. Ainsi, des émeraudes ont été prélevées dans les vallées de Peshawar et de Swat, ce qui est compatible avec les données historiques qui attestent l'existence avant J.-C de riches royaumes indépendants dans cette région. Durant cette période la route de la soie empruntait les aires septentrionales du Pakistan et de l'Afghanistan (Fig. 5). Grâce à leur situation le long du cours d'eau de Swat, qui est la voie de communication naturelle entre le Pakistan et l'Afghanistan, les gisements d'émeraude de Swat-Mingora ont pu être découverts et exploités temporairement. 

 
 
 
 
 
 
2. du XVIème siècle jusqu'à la fin du XIXème siècle.

Le XVIème siècle est marqué par les Conquistadors espagnols qui exploitèrent les mines de Chivor en 1545 et les mines de Muzo en 1594. Dès lors, les émeraudes colombiennes inondèrent les cours impériales d'Europe et transitèrent par Istanbul et Manille, en Asie et notamment en Inde. Le développement rapide de la commercialisation des émeraudes colombiennes est confirmé par les caractéristiques de l'émeraude brute repêchée dans le galion espagnol Nuestra Señora de Atocha, qui fit naufrage en 1622 en Floride. Cette émeraude provient sans ambigüité des mines de Muzo.

L'existence d'émeraude de qualité gemme exceptionnelle en Colombie a entièrement modifié la commercialisation des émeraudes dans le monde.

Parmi les quatre émeraudes dites de "vieilles mines" taillées au XVIIIème siècle et joyaux du trésor du Nizam d'Hyderabad en Inde (Fig. 6), trois ont une origine colombienne et proviennent de trois mines différentes : Peña Blanca, Coscuez et Tequendama. Ces résultats remettent en cause l'origine supposée des émeraudes "vieilles mines" que l'on disait provenir du Sud-est asiatique. La quatrième pierre provient, des mines afghanes de la vallée du Panjshir redécouvertes au début des années 1970. Ce résultat montre que l'exploitation des mines afghanes n'est pas récente et qu'elle pourrait avoir commencé dès le XVIIIème siècle.

L'analyse des émeraudes "vieilles mines", nous indique qu'au cours du XVIIème et XVIIIème siècle, les fameux trésors présents actuellement en Inde, au "Topkapi Sarayi Palace" en Turquie et à la "Markazi Bank" en Iran, n'ont pas été constitués seulement de pierres provenant du "Nouveau Monde" (constituant probablement la majeure partie) mais aussi, comme d'aucuns l'avaient pressenti, d'Asie.

3. la période à partir du XXème siècle où furent découverts la majorité des gisements d'émeraude actuels.

Bien que "les émeraudes de Russie" furent supposées avoir été décrites bien avant, la découverte d'émeraudes dans les Monts d'Oural date de 1830. L'exploitation des gîtes d'Oural ouvre la période du XXème siècle où les prospecteurs mirent à jour les différentes mines connues à ce jour comme celles du Brésil, d'Afghanistan, du Pakistan et d'Afrique.
 

Références:
 
Giuliani G., France-Lanord C., Coget P., Schwarz D., Cheilletz A., Branquet Y., Giard D., Pavel A., Martin-Izard A., Piat D.H. (1998) : Oxygen isotope systematics of emerald - relevance for its origin and geological significance. Mineralium Deposita, 33, 513-519.

Giuliani G., Chaussidon M., Schubnel H.J., Piat D.H., Rollion-Bard C., France-Lanord Ch., Giard D., Narvaez D., Rondeau B. (2000) : Oxygen isotopes and emerald trade routes since the antiquity. Science, v. 287, n°5453, 631-633.

Giuliani G., Heuzé M., Chaussidon M. (2000) : La route des émeraudes. Pour La Science, 277, 58-65.

Giuliani G., Chaussidon M., Schubnel H.J., Piat D.H., Rollion-Bard C., France-Lanord Ch., Giard D., Narvaez D., Rondeau B. (2000) Historique des gisements d’émeraude et identification des émeraudes anciennes (2ème partie). Revue de Gemmologie A.F.G., 138, 32-35.

Giuliani G., Chaussidon M., France-Lanord Ch., Savay-Guerraz H., Chiappero P.J., Schubnel H.J., Gavrilenko E., Schwarz D. (2001) : L'exploitation des mines d'émeraude d'Autriche et de la Haute Egypte à l'Epoque Gallo-romaine : mythe ou réalité ? Revue de Gemmologie A.F.G., N°143, 20-24.

Légendes photos:

Photo 1. Intervalles de valeur des rapports isotopiques 18O/16O de quelques émeraudes historiques depuis l'Antiquité jusqu'au XVIème siècle.

Photo 2. Emeraude de Saint-Louis. Collection MNHN. Cliché: Jean Lossel.

Photo 3. Emeraude de l'Abbé Haüy. Collection MNHN. Cliché: Jean Lossel.

Photo 4. Boucle d'oreille gallo-romaine découverte à Méribel dans l'Ain. Collection MNHN. Cliché: Jean Lossel.

Photo 5. La route commerciale des émeraudes depuis l'Antiquité jusqu'au XVIème siècle.

Phot 6. Une émeraude dite des "vieilles mines" provenant du trésor du Nizam d'Hyderabad. Cliché: Daniel Piat.